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Cancer et sexualité: aider ceux dont le corps n'est plus un allié

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image Cancer et sexualité

"Je me suis dit: t'es plus une femme, t'es vieille". A la détresse psychologique des patients abîmés par un cancer, des spécialistes ont tenté d'apporter des réponses, centrées autour de l'écoute, lors d'un important congrès à Strasbourg sur la sexualité et le cancer.

Cicatrices, prothèses, perte des cheveux, mauvaises odeurs, ménopause précoce, impuissance, perte de la libido, prise de poids importante: l'image du corps des hommes et des femmes est sévèrement entamée pendant le traitement d'un cancer et leur sexualité s'en ressent. Mais "c'est dans l'après-coup, une fois le traitement terminé, que les patients se rendent compte de ce qui a changé et s'en angoissent", explique Eliane Marx, psychologue et responsable de l'unité de psycho-oncologie du centre Paul-Strauss de Strasbourg, présidente du congrès qui s'est tenu jeudi et vendredi.

Selon Marie-Frédérique Bacqué, docteur en psychologie à Strasbourg, "les chiffres sont alarmants". Un quart des femmes atteintes de cancers gynécologiques et trois quarts des hommes atteints de cancers de la prostate souffrent de dysfonctionnements sexuels. Ces malades sont fréquemment déprimés, mais la majorité de leurs conjoints ou conjointes souffrent également de troubles dépressifs (entre 70 et 76%), selon Mme Bacqué.

"Après un traitement anti-cancer, la majorité des femmes craignent de ne plus être désirables, la majorité des hommes de ne plus être assez performants pour satisfaire leur compagne", explique Eliane Marx, présidente du Congrès de la Société française de psycho-oncologie qui a réuni à Strasbourg 650 participants multidisciplinaires - médecins, psychiatres, psychologues, infirmières, sociologues, anthropologues et représentants d'associations.

La douleur, la fatigue, mais aussi le piège du dégoût éprouvé par son partenaire ou de son propre corps et son cortège de culpabilité divisent des couples pour qui le cancer agit comme un révélateur, et qui, comme tous les autres, doivent aussi affronter la vieillesse.

"Aborder le problème de la sexualité en fin de vie reste un sujet éminemment tabou", regrette Michel Reich du centre anti-cancer Oscar-Lambret à Lille. Pour certains soignants, il est indécent et choquant d'aborder cette problématique avec un patient décharné, en fin de vie, explique-t-il.

Pourtant, estime-t-il, évoquer la sexualité dans ces conditions, "c'est avant tout laisser la possibilité au couple de parler de son histoire singulière, de sa libido et surtout de son amour".

Pour le patient, restaurer l'estime de soi et parvenir à une meilleure gestion du stress est fondamental. C'est pourquoi la principale recommandation du congrès à l'adresse des équipes soignantes est d'apprendre à "être à l'écoute" de ce que n'exprime pas le patient sur sa détresse psychologique, souligne Mme Marx. "Le plus important est d'être à même de repérer ces instants où la partie immergée de l'iceberg est prête à se montrer".

Ce congrès, le premier de cette importance en France, va se prolonger avec l'élaboration, d'ici un an, d'un "guide d'information à l'usage des patients atteints de cancer et de leurs proches sur la vie intime pendant et après un cancer".


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